Le COMCYBER est le bras armé cyber de la France. Service du ministère des Armées créé en 2017, il conduit la lutte informatique défensive sur les réseaux militaires et la lutte informatique offensive en appui des opérations. Souvent confondu avec l'ANSSI, il en est en réalité le pendant militaire. Pour comprendre la gestion de crise cyber au niveau national, il faut connaître les deux acteurs et ce qui les sépare.
Les chiffres-clés à connaître
Définition : qu'est-ce que le COMCYBER ?
Le Commandement de la cyberdéfense (COMCYBER) est un commandement interarmées créé par le chef d'état-major des armées en 2017. Il regroupe l'ensemble des forces et capacités cyber des Armées françaises : cyber-combattants, ingénieurs, analystes, réservistes opérationnels. Son commandant est un officier général directement subordonné au chef d'état-major des armées.
Sa mission est triple : protéger les systèmes d'information et d'armes des forces armées (LID), conduire les opérations cyber actives en appui des opérations militaires (LIO), et former la communauté cyber militaire française. Le COMCYBER est l'expression de la prise en compte du cyberespace comme cinquième milieu d'opération, aux côtés de la terre, de la mer, de l'air et de l'espace.
Les deux volets de la cyberdéfense militaire
LID : Lutte Informatique Défensive
La LID vise à protéger, détecter et réagir face aux attaques cyber visant les systèmes militaires français. C'est la mission permanente du COMCYBER. Elle comprend la surveillance des réseaux Défense, la détection d'intrusions, la réponse à incident, le durcissement des systèmes d'armes (avions, navires, blindés, satellites). Cette posture est continue : les attaques cyber visant les Armées françaises sont quotidiennes.
LIO : Lutte Informatique Offensive
La LIO vise à conduire des opérations cyber actives contre des cibles adverses. Reconnue publiquement par la France depuis 2019 dans la doctrine ministérielle, elle est strictement encadrée : emploi sous autorité politique au plus haut niveau (Président, Premier ministre, ministre des Armées), proportionnalité, ciblage militaire, respect du droit international humanitaire. La LIO est employée en appui d'opérations militaires conventionnelles, jamais comme outil isolé contre des cibles civiles.
COMCYBER vs ANSSI : la répartition fondamentale
| Dimension | ANSSI | COMCYBER |
|---|---|---|
| Tutelle | SGDSN (Premier ministre) | Ministère des Armées |
| Statut | Civil | Militaire |
| Périmètre | État civil, opérateurs critiques | Systèmes militaires et réseaux Défense |
| Posture | Strictement défensive | Défensive + offensive (LIO) |
| Mode d'emploi | Conseil, audit, réponse, régulation | Opérationnel, militaire |
| Sanctionne | Oui (NIS 2) | Non (autorité militaire) |
| Cellule opérationnelle | CERT-FR | CALID puis structures intégrées au COMCYBER |
L'écosystème cyber militaire élargi
Le COMCYBER ne travaille pas seul. Il s'inscrit dans un écosystème militaire et interministériel élargi.
- DGSE et DRSD : services de renseignement extérieur et intérieur militaire, partenaires sur l'attribution et la connaissance des menaces.
- DGA-MI : Direction générale de l'armement, Maîtrise de l'information, qui développe les outils techniques de cyberdéfense.
- État-major des armées et armées de spécialité : cyber-combattants intégrés dans les forces, en appui des chefs opérationnels.
- Réserve opérationnelle cyber : réservistes militaires et citoyens cyber qui apportent expertise et capacité de surge.
- Partenaires alliés : coopération OTAN (CCDCOE de Tallinn), bilatérale avec États-Unis, Royaume-Uni, Allemagne.
À retenir : le COMCYBER n'intervient jamais sur une cyberattaque visant une entreprise privée, même critique. Cela relève de l'ANSSI et du CERT-FR. La distinction sphère civile / sphère militaire est nette dans la doctrine française.
Le COMCYBER et la gestion de crise nationale
Lors d'une crise cyber majeure d'envergure nationale (cyberattaque massive sur des infrastructures critiques, cyber-guerre déclarée), la coordination s'opère au plus haut niveau via le SGDSN. Le COMCYBER apporte alors :
- Capacité d'analyse et d'attribution : identification technique et stratégique de l'origine de l'attaque, en lien avec les services de renseignement.
- Capacité opérationnelle de riposte : dans un cadre légal strict, possibilité de conduire des actions cyber actives en réponse à une agression caractérisée.
- Capacité de soutien aux opérations terrestres : en cas de crise majeure mêlant cyber et conventionnel, le COMCYBER intègre la chaîne opérationnelle militaire.
Cette articulation est testée en exercice (DEFNET, exercices interarmées) et alimentée par la doctrine produite avec l'IHEDN, le SGDSN et les états-majors.
Recrutement et formation
Le COMCYBER est l'un des plus gros recruteurs cyber en France. La trajectoire de la LPM 2024-2030 vise plus de 5 000 cyber-combattants d'ici 2025-2027. Trois voies principales :
- Engagement militaire : officiers, sous-officiers et militaires du rang spécialisés cyber.
- Voie civile : ingénieurs, techniciens et analystes recrutés sous statut civil de la Défense.
- Réserve cyber : réservistes opérationnels (militaires) et réservistes citoyens cyber (civils bénévoles), qui apportent compétences sectorielles et capacité de surge en crise.
Les écoles de formation comprennent l'École de Saint-Cyr Coëtquidan (officiers), l'École de l'air et de l'espace, l'École navale, et plusieurs masters spécialisés en partenariat avec les universités.
Questions connexes
Le COMCYBER peut-il intervenir si la France est victime d'une cyberattaque étatique ?
Indirectement et sous conditions politiques. Sur les systèmes militaires, le COMCYBER agit en LID en permanence. Sur les systèmes civils, c'est l'ANSSI et le CERT-FR qui interviennent. En cas d'attaque caractérisée attribuée à un État, une riposte cyber via la LIO peut être envisagée, mais elle reste sous décision du Président de la République.
Existe-t-il un équivalent COMCYBER chez nos alliés ?
Oui : US Cyber Command (USCYBERCOM) aux États-Unis, National Cyber Force (NCF) au Royaume-Uni, BSI et CDC en Allemagne (mais BSI est civil, la composante militaire allemande est moins visible publiquement). Le COMCYBER se situe dans la moyenne haute des structures cyber militaires occidentales par sa taille et sa doctrine publique.
Le COMCYBER coopère-t-il avec les entreprises de cybersécurité françaises ?
Oui, notamment via la base industrielle et technologique de défense (BITD) cyber. Plusieurs entreprises françaises (Thales, Airbus CyberSecurity, Atos, etc.) fournissent des outils et services au COMCYBER, sous classification. Le COMCYBER alimente aussi la communauté nationale via des conférences, RETEX et événements.
Les Jeux olympiques de Paris ont-ils mobilisé le COMCYBER ?
Oui. Comme pour tout grand événement, le COMCYBER a participé à la posture cyber, en lien étroit avec l'ANSSI qui en était le coordonnateur civil. Cette articulation a été l'un des exercices les plus complexes de cyberdéfense français récents, alimentant la doctrine pour les événements futurs.
Quel lien avec VIGINUM sur la désinformation ?
Le COMCYBER se concentre sur la cyber au sens systèmes d'information. VIGINUM traite la dimension informationnelle (ingérences numériques étrangères, désinformation). Les deux peuvent coopérer en crise mais ont des mandats distincts. La doctrine de lutte contre les manipulations de l'information évolue rapidement.
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