Le SGDSN est le service du Premier ministre chargé de coordonner la défense et la sécurité nationale. Il prépare les décisions du Conseil de défense, exerce la tutelle de l'ANSSI, de VIGINUM et de plusieurs autres services techniques, rédige les plans gouvernementaux de crise et anime la communauté défense sur les sujets transverses : cyber, NRBC, terrorisme, ingérences.
Les chiffres-clés à connaître
Définition
Le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale est un service du Premier ministre. Il succède au Secrétariat général de la défense nationale (SGDN), lui-même héritier d'une lignée institutionnelle remontant au Conseil supérieur de la défense nationale créé en 1906. Le SGDN est devenu SGDSN par le décret du 24 décembre 2009 (entrée en vigueur en 2010), pour refléter l'élargissement des missions au-delà de la seule défense militaire vers la sécurité nationale au sens large.
Sa fonction première est de constituer un état-major civil auprès du Premier ministre, capable de préparer et de coordonner les décisions interministérielles dans les domaines stratégiques. Pour toute organisation qui se prépare à une crise majeure, le SGDSN est le lieu où se construit le cadre national au sein duquel s'inscrit sa propre gestion de crise.
Missions principales
Le SGDSN intervient sur six grands champs.
- Préparation du Conseil de défense et de sécurité nationale : ordres du jour, dossiers de décision, suivi de l'exécution.
- Coordination interministérielle sur les sujets transverses : cybersécurité, NRBC, terrorisme, intelligence économique, ingérences étrangères, résilience nationale.
- Tutelle de services techniques : ANSSI, VIGINUM, GIP ACYMA, IHEDN, IHEMI.
- Planification gouvernementale de crise : plans Pirate (Vigipirate, NRBC, Cyber, Maritime), plans de continuité gouvernementale.
- Politique de sécurité des activités d'importance vitale : SAIV, OIV, OSE, EE/EI (NIS 2).
- Concertation avec les industriels de défense, du numérique, de la santé sur la souveraineté et la résilience.
Les services techniques rattachés
Le SGDSN n'est pas un service opérationnel direct : il exerce sa mission largement à travers les entités qui lui sont rattachées. Les principales sont :
- ANSSI, autorité nationale de cybersécurité.
- VIGINUM, service de vigilance contre les ingérences numériques étrangères.
- GIP ACYMA, qui opère la plateforme cybermalveillance.gouv.fr destinée aux PME, collectivités et particuliers.
- IHEDN, Institut des hautes études de défense nationale.
- IHEMI, Institut des hautes études du ministère de l'Intérieur (héritier en partie de l'INHESJ).
- Et plusieurs services techniques de moindre visibilité (sécurité des systèmes de communication classifiés, doctrine de continuité d'activité gouvernementale).
La planification gouvernementale de crise
Le SGDSN est le rédacteur des grands plans gouvernementaux qui structurent la réponse française aux menaces majeures :
- Vigipirate : plan de vigilance, prévention et protection face à la menace terroriste, activé en continu depuis 1995.
- PIRANET, PIRATAIR, PIRATE-MER, PIRATOX : familles de plans sectoriels.
- Plans NRBC : nucléaire, radiologique, biologique, chimique.
- Plan de continuité gouvernementale en cas de crise majeure affectant l'État.
Ces plans irriguent la planification ministérielle, puis les plans ORSEC départementaux et les dispositifs de cellule de crise des opérateurs critiques. Comprendre cette chaîne, c'est comprendre où s'insère sa propre organisation.
À retenir : le SGDSN ne « commande » personne sur le terrain. Sa puissance est doctrinale et interministérielle : il fixe le cadre, coordonne, prépare la décision politique. L'exécution revient aux ministères et aux préfets.
Tableau récapitulatif
| Dimension | Réalité opérationnelle |
|---|---|
| Origine institutionnelle | Conseil supérieur de la défense nationale (1906) |
| Dénomination actuelle | Décret du 24 décembre 2009, entrée en vigueur 2010 |
| Tutelle | Premier ministre |
| Secrétaire général | Stéphane Bouillon (depuis 2020) |
| Effectif au siège | Environ 500 agents |
| Services rattachés majeurs | ANSSI, VIGINUM, GIP ACYMA, IHEDN, IHEMI |
| Doctrine | Livre blanc défense et sécurité, Revue nationale stratégique |
| Plans gouvernementaux | Vigipirate, plans Pirate, plans NRBC |
| Référentiels OIV | Directives nationales de sécurité (DNS) par secteur |
| Site officiel | sgdsn.gouv.fr |
Quel intérêt pour un acteur de la gestion de crise ?
1. Lire le contexte stratégique national
La Revue nationale stratégique et les analyses du SGDSN définissent les priorités françaises : menaces hybrides, cyber, ingérences, NRBC. Une cellule de crise opérationnelle s'inscrit dans ce paysage : ses scénarios d'exercice doivent refléter les menaces prioritaires identifiées au niveau gouvernemental.
2. Identifier ses obligations réglementaires
Si l'organisation est OIV, OSE, Entité essentielle ou importante (NIS 2), elle est partie prenante d'un dispositif piloté par le SGDSN. La composition de la cellule de crise doit refléter cette appartenance, avec des correspondants désignés vis-à-vis de l'ANSSI et des autorités sectorielles.
3. Anticiper l'interaction avec les autorités en crise
En crise majeure (cyber d'envergure, attentat, pandémie), une cellule de crise civile interagira avec la chaîne préfectorale, puis avec les ministères, puis indirectement avec la cellule interministérielle de crise (CIC) Beauvau pilotée par le ministère de l'Intérieur en lien avec le SGDSN. Avoir identifié ces couches en amont fait gagner un temps précieux.
Le SGDSN en situation de crise majeure
En période de crise nationale d'ampleur (attentat de masse, cyberattaque systémique, crise sanitaire majeure, conflit militaire), le SGDSN joue un rôle de chef d'orchestre interministériel discret mais central. Concrètement, plusieurs mécanismes s'activent :
- Le Conseil de défense et de sécurité nationale se réunit en formation restreinte autour du Président de la République, avec le Premier ministre et les ministres concernés ; le SGDSN en prépare les dossiers en temps quasi réel.
- La cellule interministérielle de crise (CIC) peut être activée, généralement par le ministère de l'Intérieur place Beauvau, en liaison étroite avec le SGDSN.
- Les centres opérationnels ministériels (COGIC pour la sécurité civile, COC pour les armées, COSIRT cyber) remontent au SGDSN les éléments transverses nécessaires à la décision.
- La communication gouvernementale de crise est coordonnée en lien avec le Service d'information du gouvernement (SIG), sous arbitrage final du cabinet du Premier ministre.
Pour une cellule de crise privée ou territoriale, comprendre cette chaîne permet d'anticiper les décisions nationales qui peuvent impacter son activité : confinement, réquisition, fermeture, mobilisation des forces. Un bon réflexe est d'inscrire dans le carnet d'adresses de la cellule de crise les coordonnées de la préfecture compétente et du référent ministériel de tutelle ; en cas d'activation du dispositif national, ces points de contact sont les relais effectifs entre l'organisation et le pilotage SGDSN.
Limites et bonnes lectures
Le SGDSN n'est pas une boîte noire mais il reste un service à culture défense, marqué par la confidentialité et le « besoin d'en connaître ». Ses publications grand public restent limitées par rapport à un homologue britannique ou allemand. Pour s'acculturer, le mieux est de combiner les rapports publics du SGDSN, les analyses de l'IHEDN, et les guides ANSSI qui en sont la traduction technique.
Questions connexes
Quelle est la différence entre SGDSN et SGAE ?
Le Secrétariat général des affaires européennes (SGAE) coordonne la position française dans les institutions européennes. Le SGDSN coordonne la défense et la sécurité nationale. Les deux sont des services du Premier ministre mais sur des champs distincts.
Le SGDSN décide-t-il du déclenchement de Vigipirate ?
Vigipirate est en permanence activé depuis 1995. Ses niveaux (vigilance, sécurité renforcée risque attentat, urgence attentat) sont décidés par le Premier ministre sur proposition du SGDSN, à partir des analyses des services de renseignement. Le SGDSN n'a donc pas le pouvoir de décision lui-même, il prépare et instruit.
Les opérateurs d'importance vitale sont-ils tous publiés ?
Non. La liste des OIV est classifiée pour des raisons de sécurité. Chaque opérateur sait s'il est OIV (notification par arrêté du ministre coordonnateur du secteur), mais le grand public ne dispose pas d'une liste exhaustive. Seuls les 12 secteurs d'importance vitale sont publics.
Le SGDSN gère-t-il les ingérences IA et désinformation ?
Le SGDSN exerce la tutelle de VIGINUM, qui couvre les opérations d'ingérence numérique en sources ouvertes. Sur l'IA générative comme accélérateur de manipulation, le SGDSN participe à la doctrine interministérielle.
Existe-t-il un équivalent SGDSN dans d'autres pays ?
Oui. Le National Security Council américain ou le Cabinet Office britannique remplissent des fonctions partiellement comparables. Le modèle français se distingue par son ancrage administratif fort (service permanent du Premier ministre) plutôt qu'une structure politique de Maison-Blanche.
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