Vigicrues est le service national d'information sur le risque de crues des principaux cours d'eau surveillés par l'État. Sur le même principe que la vigilance météo, il attribue une couleur à chaque tronçon de rivière pour dire, 24 heures à l'avance, s'il existe un risque de débordement. C'est un outil d'anticipation, pas une prévision de hauteur d'eau au centimètre. Bien lu, il donne aux maires, aux préfets et à chacun le temps d'agir avant que l'eau monte.
Les chiffres-clés à connaître
Définition : qu'est-ce que Vigicrues ?
Vigicrues est le service national d'information sur le risque de crues des principaux cours d'eau surveillés par l'État. La vigilance crues a été mise en place en juillet 2006, calquée sur les principes de la vigilance météorologique de Météo-France. Son but est clair : prévenir les autorités et le public qu'il existe un risque de crues, et donc éventuellement d'inondation, sur le réseau réglementaire surveillé dans les 24 heures à venir.
Concrètement, une carte nationale publiée sur vigicrues.gouv.fr attribue une couleur à chaque tronçon de cours d'eau. Cette carte est actualisée au moins deux fois par jour, vers 10 h et 16 h, et plus souvent si la situation l'exige. La vigilance crues est l'un des maillons de la gestion de crise territoriale liée à l'eau : elle donne le signal d'anticipation qui déclenche, en aval, les mesures des communes et des préfectures.
Il faut bien distinguer deux notions souvent confondues. La crue est la montée du niveau d'un cours d'eau. L'inondation est le débordement de ce cours d'eau sur les zones habituellement hors d'eau. Vigicrues surveille la crue et évalue le risque qu'elle génère une inondation. Une couleur ne signifie donc pas que l'eau est déjà chez vous, mais qu'un danger est prévu dans les heures à venir sur le tronçon concerné. C'est précisément cette avance qui fait la valeur du dispositif : elle transforme une catastrophe subie en événement anticipé.
Qui produit Vigicrues ?
Le dispositif repose sur un réseau technique dédié, le réseau Vigicrues. En pratique :
- Le SCHAPI (Service Central d'Hydrométéorologie et d'Appui à la Prévision des Inondations) coordonne le dispositif au niveau national et publie la carte nationale.
- Les Services de Prévision des Crues (SPC), répartis sur les grands bassins hydrographiques, expertisent la situation locale et déterminent la couleur de chaque tronçon.
- Le réseau s'appuie sur des stations de mesure de hauteur et de débit, des modèles hydrologiques et les données pluviométriques de Météo-France.
Le réseau surveillé, dit réseau réglementaire, porte sur environ 23 000 km de cours d'eau, correspondant aux rivières et fleuves dont le suivi présente un enjeu significatif pour la sécurité des populations et des biens. Ce périmètre n'est pas figé : il a été construit à partir des enjeux historiques d'inondation et continue d'évoluer avec la connaissance des risques et l'instrumentation des bassins. Retenez surtout que Vigicrues cible les grands linéaires à enjeux, et non l'intégralité du chevelu hydrographique français, qui compte des centaines de milliers de kilomètres de cours d'eau.
Que signifient les 4 couleurs ?
Comme la vigilance météo, Vigicrues fonctionne par un code à quatre couleurs, appliqué tronçon par tronçon. Chaque couleur exprime un niveau de danger prévu, pas une hauteur d'eau précise.
| Couleur | Signification | Conduite à tenir |
|---|---|---|
| Vert | Pas de vigilance particulière. | Situation normale. Aucune action spécifique. |
| Jaune | Risque de débordements localisés ou de montée rapide et dangereuse des eaux. | Vigilance particulière pour les activités exposées ou saisonnières (camping, travaux en rivière, loisirs nautiques). |
| Orange | Risque de crue génératrice de débordements importants, impact significatif sur la vie collective et la sécurité des biens et des personnes. | Suivre l'information et les consignes des autorités, protéger les biens, se tenir prêt à agir. Activation possible du PCS. |
| Rouge | Risque de crue majeure, menace directe et généralisée de la sécurité des personnes et des biens. | Se conformer strictement aux consignes des autorités et à FR-Alert. Évacuation possible sur ordre du maire ou du préfet. |
À retenir : la couleur porte sur un tronçon de cours d'eau et sur le danger prévu à 24 heures, pas sur une hauteur d'eau garantie chez vous. En orange ou en rouge, on ne cherche pas à interpréter soi-même la carte : on suit les consignes des autorités et les messages FR-Alert.
Ce que Vigicrues ne couvre pas
Vigicrues est puissant sur son périmètre, mais ce périmètre a des limites qu'il faut connaître pour ne pas se croire à l'abri à tort.
Les petits cours d'eau à réaction rapide
Les petits bassins qui réagissent en quelques dizaines de minutes à un orage violent ne sont pas suivis par la vigilance crues classique. Ils relèvent de Vigicrues Flash, un service automatique qui envoie un avertissement lorsqu'une crue soudaine est probable. Voir notre fiche APIC et Vigicrues Flash pour comprendre ces dispositifs complémentaires.
Le ruissellement pluvial
Les inondations provoquées par des pluies intenses qui ruissellent sur les sols, sans débordement d'un cours d'eau surveillé, ne sont pas prises en compte par Vigicrues. Elles relèvent de l'APIC (Avertissement Pluies Intenses à l'échelle des Communes). Une commune peut donc subir une inondation majeure sans jamais figurer en couleur sur la carte Vigicrues.
L'articulation avec la vigilance météo
La vigilance crues est intégrée à la vigilance météorologique de Météo-France, via son volet pluie-inondation. Les deux dispositifs se répondent : la vigilance météo donne l'alerte générale à l'échelle d'un département, Vigicrues précise où et quand un cours d'eau surveillé risque de déborder.
À quoi ça sert concrètement pour un acteur de la crise ?
Pour une collectivité ou un gestionnaire, Vigicrues n'est pas une information passive : c'est un déclencheur.
- Le maire utilise le passage en jaune, orange ou rouge comme un signal d'anticipation pour armer et monter en puissance son Plan Communal de Sauvegarde, prépositionner les moyens et informer la population.
- Le préfet et les services de secours s'appuient sur la carte pour dimensionner la réponse, gréer le centre opérationnel départemental et coordonner l'alerte via le système d'alerte et d'information des populations.
- Les gestionnaires d'enjeux (établissements, campings, réseaux, industriels) déclenchent leurs propres procédures internes de mise en sûreté dès l'orange.
La décision d'évacuer, elle, ne se lit pas sur la carte : elle appartient aux autorités, sur la base de la situation locale (voir qui décide d'évacuer une commune). Vigicrues donne le temps de préparer cette décision, il ne la prend pas à la place du maire ou du préfet.
L'erreur la plus fréquente que nous observons sur le terrain est de traiter Vigicrues comme un simple bulletin à consulter, alors que c'est un déclencheur de procédures. Une commune qui a réellement intégré la vigilance crues dans son organisation sait précisément qui consulte la carte, à quelle fréquence, et quelle action correspond à chaque bascule de couleur. Ce travail se prépare à froid, pas le jour de la crue : c'est l'objet des exercices et de l'écriture fine du Plan Communal de Sauvegarde. Sans ce cadrage préalable, la meilleure vigilance du monde reste une information qui ne se transforme pas en action.
Sources publiques :
Questions connexes
À quelle fréquence la carte Vigicrues est-elle mise à jour ?
La carte nationale est actualisée au moins deux fois par jour, vers 10 h et 16 h, et plus fréquemment si la situation évolue vite. En période de crue active, les Services de Prévision des Crues réévaluent la couleur des tronçons dès que de nouvelles données de hauteur, de débit ou de pluie le justifient.
La vigilance crues donne-t-elle une hauteur d'eau prévue ?
Pas directement dans la couleur. La couleur exprime un niveau de danger. Sur les tronçons instrumentés, Vigicrues publie toutefois des observations de hauteur et de débit en temps quasi réel, et parfois des prévisions chiffrées. Mais l'objet de la vigilance reste d'anticiper le danger, pas de garantir un niveau au centimètre chez un habitant donné.
Que faire si ma commune n'apparaît pas sur la carte Vigicrues ?
Cela ne veut pas dire qu'elle est sans risque. Votre commune peut être exposée à un petit cours d'eau non surveillé (relevant de Vigicrues Flash) ou au ruissellement pluvial (relevant de l'APIC). Il faut donc croiser Vigicrues avec la vigilance météo, l'APIC et les dispositifs locaux, et se référer au DICRIM communal.
Vigicrues remplace-t-il l'alerte à la population ?
Non. Vigicrues est un service d'anticipation destiné surtout aux autorités et aux gestionnaires. L'alerte directe des habitants passe par d'autres canaux : FR-Alert sur les téléphones, les sirènes, l'automate d'appel municipal et les consignes du maire. La vigilance prépare la décision d'alerter, elle ne diffuse pas l'ordre lui-même.
Où consulter Vigicrues en cas de doute ?
Sur le site officiel vigicrues.gouv.fr, qui présente la carte nationale et le détail par tronçon, et sur le portail de la vigilance météo de Météo-France, qui intègre le volet crues. En période sensible, suivez aussi les canaux de votre mairie et de la préfecture, qui relaient l'information et les consignes locales.
Pour aller plus loin
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