Le DICRIM est le document par lequel le maire informe ses administrés des risques majeurs qui pèsent sur la commune. C'est l'outil légal et démocratique de la culture du risque locale. Il n'est ni un plan opérationnel ni un document confidentiel : c'est un acte d'information publique, opposable, et qui engage la responsabilité du maire en cas de carence. Pour toute commune exposée, c'est la pièce indispensable qui irrigue la gestion de crise locale en aval du PCS.
Les chiffres-clés à connaître
Définition : qu'est-ce qu'un DICRIM ?
Le DICRIM (Document d'Information Communal sur les Risques Majeurs) est un document obligatoire rédigé par le maire des communes exposées à au moins un risque majeur identifié. Son objectif est explicitement démocratique : donner à chaque habitant les informations dont il a besoin pour comprendre les risques, anticiper et agir le moment venu. Sa base légale est l'article R125-11 du Code de l'environnement, qui le rend obligatoire et fixe son contenu.
Le DICRIM s'inscrit dans une chaîne de documents : il décline localement le DDRM (Dossier Départemental des Risques Majeurs) rédigé par le préfet, et précède le PCS (Plan Communal de Sauvegarde). Trois documents, trois fonctions : le DDRM informe les élus locaux, le DICRIM informe les habitants, le PCS organise la commune en cas d'événement.
Quelles communes doivent avoir un DICRIM ?
L'obligation s'applique à toute commune exposée à au moins un risque majeur identifié, soit en pratique environ deux tiers des communes françaises. Les critères de déclenchement sont :
- Commune dotée d'un Plan de Prévention des Risques (PPRN naturels, PPRM miniers ou PPRT technologiques) approuvé ou prescrit.
- Commune située en zone sismique de niveau 3 à 5 (sismicité modérée à forte).
- Commune dans le périmètre d'un PPI (Plan Particulier d'Intervention) lié à un site Seveso, un site nucléaire, un grand barrage, etc.
- Commune exposée à un risque volcanique (outre-mer).
- Commune exposée à un risque cyclonique (outre-mer).
La loi MATRAS du 25 novembre 2021 a rappelé cette obligation et l'a articulée avec l'obligation de PCS pour les mêmes communes. Une commune dotée d'un PCS sans DICRIM, ou l'inverse, est en non-conformité.
Le contenu obligatoire : 7 éléments
L'article R125-11 fixe le contenu minimum du DICRIM. Sept blocs sont obligatoires.
- Connaissance des risques : liste et nature des risques majeurs identifiés sur la commune (inondation, mouvement de terrain, tempête, risque industriel, etc.).
- Conséquences prévisibles : pour les personnes (mise en danger, évacuation), les biens (dégâts matériels, perte d'usage), l'environnement (pollution, atteinte écologique).
- Mesures de prévention et de protection : travaux engagés, dispositifs en place, règles d'urbanisme issues du PPR.
- Mesures de sauvegarde : organisation communale, points de regroupement, centres d'hébergement, articulation avec la préfecture.
- Consignes individuelles : ce que l'habitant doit faire avant, pendant, après l'événement. Plan familial de mise en sûreté.
- Modalités d'alerte : FR-Alert, sirènes du Système d'Alerte et d'Information aux Populations, automate d'appel municipal, panneaux à messages variables.
- Cartographie et contacts : zones à risque, numéros utiles, ressources externes (préfecture, météo, vigicrues).
Au-delà du minimum, les communes matures intègrent des récits d'événements passés (mémoire du risque), des témoignages et des QR codes pointant vers des ressources actualisées.
À retenir : le DICRIM n'est pas un document technique pour spécialistes. C'est un document grand public, qui doit être compréhensible par un habitant qui n'a aucune formation préalable. Le maire qui produit un DICRIM jargonnant a respecté la lettre, pas l'esprit.
Diffusion et information de la population
Avoir un DICRIM ne suffit pas : il faut le faire vivre. La loi impose plusieurs obligations de diffusion.
Mise à disposition permanente
Le DICRIM doit être consultable en mairie sur simple demande, et publié sur le site internet de la commune. C'est un document public, opposable, sans restriction d'accès.
Information périodique de la population
Le maire doit organiser au moins une fois tous les deux ans une action d'information de la population sur les risques majeurs. Cette obligation est trop souvent oubliée. Elle peut prendre la forme d'une réunion publique, d'une campagne dans le bulletin municipal, d'un module dans les écoles, d'une journée de sensibilisation type « Risk'and'You ».
Information acquéreur locataire (IAL)
Lors de toute vente ou location d'un bien immobilier en zone à risque, le vendeur ou le bailleur doit informer l'acquéreur ou le locataire des risques pesant sur le bien (formulaire IAL). Le DICRIM est l'une des sources de cette information.
Tableau récapitulatif : DICRIM, PCS, DDRM
| Document | Qui le rédige | Objet | Public |
|---|---|---|---|
| DDRM | Préfet | Dossier départemental des risques majeurs | Élus, collectivités, services |
| DICRIM | Maire | Information de la population sur les risques | Habitants, public |
| PCS | Maire | Organisation communale de la réponse | Services municipaux |
| PICS | Président d'EPCI | Réponse intercommunale mutualisée | Services intercommunaux |
| PCA municipal | Maire / DGS | Continuité des services municipaux | Services internes |
Responsabilité du maire et sanctions
Le DICRIM engage la responsabilité personnelle du maire. En cas d'événement majeur survenu sur une commune qui aurait dû avoir un DICRIM mais ne l'a pas, ou dont le DICRIM est manifestement insuffisant, la responsabilité administrative et parfois pénale du maire peut être engagée. La jurisprudence administrative est constante : le maire est garant de la sécurité de ses administrés, et l'information préventive en est un pilier.
Les contrôles sont rares mais réels : la préfecture peut vérifier la mise à jour du DICRIM, et la Cour des comptes territoriales contrôle l'effectivité des actions de sensibilisation. Au-delà de la sanction juridique, c'est la responsabilité politique qui se joue : aucune commune ne veut être citée comme exemple de défaut d'information après un drame.
Articulation avec la culture du risque
Le DICRIM est l'un des outils centraux de la culture du risque, ce socle collectif qui fait qu'une population sait quoi faire le jour où la sirène retentit. Un DICRIM rangé dans un classeur n'irrigue rien. Un DICRIM diffusé via plusieurs canaux, expliqué en réunion publique, décliné en module éducatif et complété par des exercices terrain crée du réflexe, donc de la résilience.
Pour une commune qui structure sa démarche, l'enchaînement utile est : DICRIM rédigé et diffusé, PCS opérationnel et exercé (cf. notre fiche PCS vs PCA), réserve communale de sécurité civile (RCSC) en place, journées de sensibilisation annuelles, et exercice grandeur nature tous les cinq ans (obligation MATRAS). Voir notre fiche tabletop vs grandeur nature pour structurer le programme d'exercices.
Sources publiques :
Questions connexes
Combien de temps faut-il pour rédiger un DICRIM ?
De 2 à 6 mois selon la taille de la commune et le nombre de risques à traiter. Une petite commune avec un seul risque peut s'en sortir en quelques semaines avec l'appui de modèles AMF. Une commune littorale ou industrielle multi-risques peut nécessiter plusieurs mois et un appui extérieur.
Une intercommunalité peut-elle mutualiser le DICRIM ?
Partiellement. Le DICRIM reste un document communal sous responsabilité du maire. Mais l'intercommunalité peut mutualiser l'expertise, les outils de cartographie, les actions de sensibilisation et les exercices. C'est l'esprit du PICS (Plan Intercommunal de Sauvegarde) introduit par MATRAS.
Le DICRIM doit-il être traduit dans les communes touristiques ?
Recommandé fortement, sans être obligatoire. Une station de ski, une commune côtière touristique, une grande ville accueillant des manifestations internationales doivent traduire au moins les consignes essentielles (FR-Alert, comportements en cas d'événement) en anglais et autres langues principales.
Comment évaluer si mon DICRIM est encore à jour ?
Quatre questions : mes PPR ont-ils été révisés depuis ? Mon classement sismique a-t-il changé ? Un nouvel événement local m'a-t-il appris quelque chose ? Mon DICRIM est-il toujours lisible et facilement consultable ? Si la réponse à l'une de ces questions est « je ne sais pas », c'est qu'il faut le réviser.
Que faire si je dois créer un DICRIM ex nihilo ?
Trois étapes : récupérer le DDRM auprès de la préfecture et identifier les risques pertinents pour la commune, s'inspirer de modèles existants (AMF, communes voisines), et associer la population dès la rédaction via des ateliers participatifs. Cette dernière étape ancre durablement la culture du risque.
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