Le POI organise la réponse de l'exploitant ICPE aux accidents internes. Méthode en 6 étapes, structure type, articulation avec l'étude de dangers et le PPI préfectoral. Format opérationnel sous forme de classeur.
Définition et obligation
Le Plan d'Opération Interne (POI) est un document opérationnel qui organise la réponse de l'exploitant face à un accident dont les effets restent dans l'enceinte de l'établissement (incendie, fuite, explosion, déversement). Il est défini par l'article R.181-54 du Code de l'environnement.
Il est obligatoire pour :
- Les ICPE soumises à autorisation avec servitudes (AS) = sites Seveso seuil haut.
- Certains sites Seveso seuil bas dotés d'un Système de Gestion de la Sécurité (SGS) imposé.
- Les stockages souterrains, les barrages, certaines installations spécifiques.
- Recommandé pour toute ICPE présentant un risque significatif, même hors obligation légale.
Rédigé sous la responsabilité du chef d'établissement, le POI s'appuie sur l'étude de dangers et désigne un responsable d'application ainsi que le personnel qualifié pour son exécution.
La méthode en 6 étapes
Étape 1 · Exploiter l'étude de dangers
L'étude de dangers (EDD) identifie les scénarios d'accidents possibles avec leurs probabilités, leurs cinétiques et leurs effets. Le POI traite des scénarios retenus comme dimensionnants : incendie de stockage, explosion d'équipement, fuite chimique, perte d'utilité (électricité, vapeur, refroidissement). En moyenne 5 à 12 scénarios prioritaires selon la complexité du site.
Étape 2 · Caractériser l'établissement et son environnement
Plan-masse à l'échelle, identification des installations sensibles, voies d'accès secours, points de rassemblement, postes centraux de sécurité, vulnérabilités (ICPE voisines, zones habitées, écoles, hôpitaux, voies routières/ferroviaires/fluviales, captages d'eau).
Étape 3 · Organiser la cellule de crise interne
Désignation des rôles avec titulaires et suppléants (au moins 2 personnes par rôle pour couvrir les absences) :
- Directeur du POI : chef d'établissement ou son délégataire, prend les décisions stratégiques, dialogue avec le préfet.
- Chef du PCAS (Poste Central d'Accident et de Secours) : coordonne l'intervention opérationnelle, généralement responsable sécurité ou maintenance.
- Cellule logistique : gère les moyens matériels et l'approvisionnement.
- Cellule communication : assure les liaisons avec autorités, médias, salariés.
- Cellule RH : gère les personnels, blessés, familles.
- Secrétaire main courante : horodate faits et décisions.
Voir notre FAQ effectif minimum cellule de crise.
Étape 4 · Rédiger les fiches réflexes par scénario
Pour chaque scénario retenu, une fiche réflexe d'1 à 2 pages structurée :
- Conditions d'activation du scénario.
- Actions immédiates (H+0 à H+15 min) : alerte, sécurisation, mise à l'abri.
- Actions de court terme (H+15 min à H+2h) : confinement, intervention, communication.
- Actions de moyen terme (H+2h à J+1) : stabilisation, articulation avec PPI éventuel.
- Conditions de levée du POI.
Étape 5 · Définir les procédures d'alerte
Annuaire structuré avec procédures d'appel :
- Alerte interne (sirène, message, radios, téléphone) selon procédure homogène sur le site.
- Alerte externe : SDIS (18 ou 112), SAMU (15), gendarmerie (17), préfecture (numéro d'astreinte 24h/24), DREAL, mairie d'implantation, ARS si santé.
- Format de message : méthode METHANE (Major incident, Exact location, Type, Hazards, Access, Number of casualties, Emergency services). Voir notre FAQ SITREP et METHANE.
- Articulation déclenchement PPI si scénario sort de l'enceinte (voir notre FAQ PPI Seveso).
Étape 6 · Planifier exercices et mise à jour
Plan triennal d'exercices : 1 grand exercice annuel (cadre ou terrain), 2 mini-exercices courts par an (tabletop). Mise à jour annuelle de l'annuaire et des moyens, révision complète tous les 3 ans ou après tout événement significatif.
Format opérationnel : le POI prend traditionnellement la forme d'un classeur (papier + numérique) accessible depuis le Poste Central de Sécurité 24h/24. Les fiches réflexes plastifiées permettent un usage dans des conditions opérationnelles dégradées.
Structure type d'un POI ICPE (50 à 150 pages)
- Volet 1 · Présentation : identité de l'établissement, organigramme, environnement, plan-masse.
- Volet 2 · Scénarios : liste hiérarchisée des scénarios issus de l'EDD, cartographie des zones d'effet.
- Volet 3 · Organisation : fiches rôles, organigramme cellule POI, salle PCAS.
- Volet 4 · Fiches réflexes : une fiche par scénario (5 à 12 fiches).
- Volet 5 · Moyens : inventaire détaillé des moyens internes + concours externes conventionnés.
- Volet 6 · Annexes : annuaires, conventions, plan d'exercices, procédures spécifiques.
Articulation avec les autorités et le PPI
Le POI doit être partagé avec le SDIS et présenté à la DREAL lors des inspections. Le déclenchement du POI s'accompagne automatiquement de l'alerte de la préfecture, qui peut décider de déclencher le PPI si les effets dépassent l'enceinte. Cette articulation doit être expressément documentée dans le POI : seuil de bascule, procédure d'alerte préfecture, mise à disposition d'un agent de liaison.
Liens externes utiles
- AIDA / INERIS : Cadre POI (base réglementaire de référence).
- Ministère de la Transition écologique : Risques technologiques.
- Guide DGPR / INERIS sur la rédaction des POI (téléchargeable).
Comment Twist accompagne
Twist accompagne les exploitants ICPE sur l'ensemble du cycle de vie du POI dans le cadre du parcours entreprise :
- Diagnostic POI existant : lecture critique, écarts au cadre réglementaire, plan de mise à niveau.
- Rédaction ou refonte du POI : méthode en 6 étapes, ateliers avec les responsables techniques, livrables structurés.
- Exercices POI : tabletops trimestriels courts, exercice cadre annuel, exercice grandeur réelle si PPI obligatoire.
- Culture du risque opérateurs : sensibilisation et entraînement via le serious game Twist, articulation avec la culture du risque globale du site.
Questions connexes
Combien coûte la rédaction d'un POI ?
Variable selon la complexité du site : 8 000 à 15 000 € HT pour une ICPE simple seuil bas avec SGS, 20 000 à 50 000 € HT pour un site Seveso seuil haut, jusqu'à 100 000 € pour un complexe industriel multi-procédés. Coût annuel de maintien à jour : 3 000 à 10 000 € HT.
Qui peut signer le POI ?
Le chef d'établissement ou son délégataire formellement désigné (en général le directeur de site, le directeur d'usine, ou le directeur d'exploitation). La délégation de pouvoir doit être écrite, datée, et accompagnée des moyens nécessaires (autonomie de décision, budget, équipes). Voir notre article responsabilité pénale du dirigeant.
Le POI doit-il être communiqué aux salariés ?
Pas l'intégralité, mais les éléments opérationnels qui les concernent doivent être connus : signal d'alerte, points de rassemblement, comportements à adopter, identification des secouristes formés. Le CSE doit être consulté lors de l'élaboration et des révisions majeures. Le POI complet reste un document de travail réservé à la cellule de crise et aux autorités.
Pour aller plus loin
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