Le Beauvau de la sécurité civile est la grande consultation nationale lancée en avril 2024 par le ministère de l'Intérieur pour refonder le modèle français. Constat : un modèle « à bout de souffle » face aux mégafeux, au changement climatique et aux nouvelles menaces. Rapport de synthèse remis en juillet 2025, projet de loi de modernisation attendu.
Définition
Le Beauvau de la sécurité civile est une démarche de consultation nationale lancée le 16 avril 2024 par le ministère de l'Intérieur, sur le modèle du précédent Beauvau de la sécurité (2020-2021) consacré à la police nationale. Son objectif : établir un diagnostic partagé du modèle français de sécurité civile et formuler des propositions pour le moderniser.
Le mot « Beauvau » renvoie à la place du même nom à Paris, siège du ministère de l'Intérieur. Il désigne par extension toute grande consultation thématique pilotée par ce ministère.
Pourquoi cette consultation ?
Le rapport de synthèse pose un constat sans détour : le modèle actuel est « à bout de souffle », marqué par des inégalités fortes entre territoires et exposé à des défis sans précédent :
- Le changement climatique qui multiplie les événements extrêmes (mégafeux, canicules, inondations rapides, tempêtes) ;
- Les nouvelles menaces (cyber, NRBC, sécurité industrielle, drones) ;
- La crise du volontariat chez les sapeurs-pompiers et les acteurs associatifs ;
- La pression financière croissante sur les SDIS et les collectivités ;
- L'attente sociétale d'une réponse plus rapide, plus proche, plus accessible.
La méthode en chiffres
La consultation s'est appuyée sur cinq chantiers thématiques déployés en régions, trente-et-un groupes de travail, une grande enquête publique conduite entre juin 2024 et avril 2025, et des rencontres de terrain. L'ensemble de l'écosystème sécurité civile (services de l'État, SDIS, collectivités, associations, citoyen·nes) y a contribué.
Les 5 chantiers thématiques
Un modèle territorial adapté
Repenser la couverture territoriale face à la multiplication des risques climatiques et aux disparités entre départements.
Bénévoles, volontaires, professionnels
Rendre le modèle attractif, valorisé et protecteur. Refonder l'engagement des sapeurs-pompiers volontaires et des bénévoles associatifs.
Une réponse opérationnelle modernisée
Outils, technologies, doctrines, articulation avec les forces de sécurité intérieure et les armées.
Des financements soutenables
Revoir la base de la TSCA, plafonnement des contributions communales, participation des métropoles et des régions.
Une implication citoyenne renforcée
Faire de chaque citoyen·ne un acteur de sa propre sécurité : formation aux gestes qui sauvent, Réserves Communales de Sécurité Civile, parcours citoyen résilient.
Côté implication citoyenne : les propositions phares
C'est probablement le chantier qui aura le plus d'impact direct pour les collectivités, les associations et les entreprises. Le rapport propose un « changement d'échelle radical » pour faire du citoyen un acteur de sa propre sécurité.
- Objectif 80 % de la population formée aux gestes de premiers secours : intégration systématique au collège et au lycée, mobilisation du Service National Universel, incitations via le Compte Personnel de Formation (CPF) ou des crédits d'impôt.
- Création d'un parcours citoyen résilient avec un « passeport de formation » validant les compétences acquises à chaque étape de la vie.
- Généralisation des Réserves Communales de Sécurité Civile (RCSC) : dispositif existant depuis 2004 mais inégalement déployé, qui mobilise des bénévoles non spécialistes en appui de la commune en cas de crise.
- Valorisation du volontariat associatif au sein des Associations Agréées de Sécurité Civile (AASC) : Croix-Rouge, Protection Civile, FFSS, etc.
- Reconnaissance de l'engagement dans le parcours professionnel et associatif.
L'idée centrale : les services de secours seuls ne pourront plus tout faire. La résilience d'un territoire dépend désormais de sa capacité à mobiliser ses habitant·es, formés et organisés, dans les premières minutes d'une crise.
Côté gestion de crise : ce qui pourrait changer
Le Beauvau ne crée pas de nouvelles obligations légales en lui-même. Il prépare un projet de loi de modernisation de la sécurité civile qui devrait porter les principales mesures. Quelques évolutions attendues côté gestion de crise opérationnelle :
- Renforcement des PCS et des PICS : rôle accru des maires et des intercommunalités dans la préparation et la réponse de proximité (voir PCS obligatoire).
- Articulation renforcée entre SDIS, AASC et collectivités via des conventions plus formalisées.
- Intégration explicite du risque climatique dans les dispositifs ORSEC et les plans communaux.
- Évolution du financement des SDIS avec une participation élargie des métropoles et des régions.
- Doctrines renouvelées sur les mégafeux, les inondations rapides, les crises NRBC, les épisodes caniculaires majeurs.
Calendrier de la démarche
Ce que ça change pour les collectivités
Les communes et les intercommunalités sont en première ligne des évolutions annoncées :
- Activer ou renforcer leur Réserve Communale de Sécurité Civile si elles ne l'ont pas déjà fait ;
- Mettre à jour leur Plan Communal de Sauvegarde en intégrant explicitement le rôle des RCSC, des AASC et des bénévoles spontanés ;
- Sensibiliser leur population aux gestes qui sauvent et aux conduites à tenir face aux risques majeurs locaux ;
- Anticiper les évolutions possibles du financement des SDIS dans leur budget pluriannuel.
Ce que ça change pour les entreprises
Le Beauvau ouvre plusieurs chantiers indirects pour les organisations privées :
- Reconnaissance du volontariat des salarié·es (sapeurs-pompiers volontaires, bénévoles AASC, réservistes communaux) dans le dialogue social et l'organisation du travail ;
- Montée des attentes sur la formation aux gestes de premiers secours pour les collaborateur·rices, en lien avec l'objectif national de 80 % ;
- Intégration de la culture du risque dans les démarches RSE, QVCT et continuité d'activité ;
- Préparation collective aux crises climatiques, notamment dans les filières exposées (industrie, logistique, agro-alimentaire, tourisme).
Tableau récapitulatif
| Critère | Détail |
|---|---|
| Nature | Consultation nationale du ministère de l'Intérieur |
| Lancement | 16 avril 2024 |
| Rapport de synthèse | Juillet 2025 |
| Méthode | 5 chantiers, 31 groupes de travail, enquête publique (13 111 réponses exploitables) |
| Constat central | Modèle « à bout de souffle » face aux nouveaux risques |
| Axes principaux | Territoires, volontariat, opérationnel, financement, citoyenneté |
| Mesure phare citoyenne | 80 % de la population formée aux gestes de premiers secours |
| Suite | Projet de loi de modernisation, plan d'actions sapeurs-pompiers volontaires 2026-2028 |
Sources publiques : Ministère de l'Intérieur, dossier Beauvau de la sécurité civile ; Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) ; rapport de synthèse remis en juillet 2025 ; Banque des Territoires ; La Gazette des Communes.
Questions connexes
Quelle différence entre le Beauvau de la sécurité et le Beauvau de la sécurité civile ?
Le Beauvau de la sécurité (2020-2021) portait sur la police nationale, sous Gérald Darmanin. Le Beauvau de la sécurité civile (2024-2025) porte sur la sécurité civile au sens large : sapeurs-pompiers, SDIS, associations agréées, citoyen·nes engagé·es, prévention et gestion des crises. Deux périmètres distincts, même méthode de consultation.
Qu'est-ce qu'une Réserve Communale de Sécurité Civile (RCSC) ?
La RCSC est une réserve de bénévoles non spécialistes, créée par la loi du 13 août 2004, placée sous l'autorité du maire pour appuyer la commune en cas de crise (information de la population, soutien logistique, accueil des sinistrés, animation en post-crise). Le Beauvau propose de la généraliser à toutes les communes.
Y aura-t-il une nouvelle loi de modernisation de la sécurité civile ?
Oui, le rapport de synthèse du Beauvau prépare un projet de loi de modernisation de la sécurité civile. Le calendrier précis dépend de l'agenda parlementaire et des évolutions gouvernementales. Plusieurs textes intermédiaires (décrets, plans d'actions) pourraient être publiés en parallèle.
Comment une collectivité peut-elle se préparer aux évolutions du Beauvau ?
En anticipant trois chantiers : mettre à jour son PCS, créer ou redynamiser sa RCSC, lancer un plan de sensibilisation de la population aux gestes qui sauvent et aux risques majeurs locaux. Ces actions sont possibles dès aujourd'hui, sans attendre la loi.
Le Beauvau concerne-t-il aussi les entreprises ?
Indirectement, oui. La reconnaissance du volontariat des salarié·es, les attentes en formation aux gestes de premiers secours, la culture du risque dans le dialogue social et la résilience face aux crises climatiques sont des sujets qui vont remonter dans les directions RH, RSE et continuité d'activité.
Anticiper les évolutions du Beauvau pour votre organisation ?
30 minutes pour identifier les chantiers à lancer dès maintenant : PCS, RCSC, sensibilisation de la population, culture du risque dans votre organisation.
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