Canicule et travail : obligations, risques et préparation

Illustration de la gestion de crise canicule au travail : plan de résilience, zones sûres et coordination d'équipe face aux risques.

Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient en France, la proposition d'instaurer un « congé climatique » pour les salariés les plus exposés relance le débat sur l'adaptation du travail au changement climatique. Au-delà de la mesure elle-même, le sujet met en lumière un enjeu très concret pour les entreprises et les collectivités : clarifier leurs obligations, protéger la santé des équipes et organiser l'activité sans improviser lors des canicules. Chez Twist, nous observons ce phénomène de très près lors de nos exercices de crise et ateliers consacrés à la culture du risque. Les témoignages des participants sont sans équivoque.

L'essentiel à retenir :
  • Le constat : la canicule n'est plus une simple contrainte météorologique. Elle devient un facteur de désorganisation, un risque professionnel et potentiellement une situation de crise pour les entreprises et les collectivités.
  • Le terrain : lors des ateliers Twist, dirigeants et agents publics partagent un même constat : « on en parle beaucoup aux autres, mais jamais pour nous-mêmes en interne ». Les réponses restent souvent improvisées.
  • Le cadre juridique : il n'existe pas de seuil légal de température en France, mais le décret de 2025 renforce les obligations de prévention. L'employeur doit adapter le travail, informer et tracer ses mesures dans le DUERP.
  • L'enjeu : anticiper la canicule comme une crise, pas comme un aléa ponctuel. Intégrer le risque chaleur dans le plan de gestion de crise et dans la culture de l'organisation.

Le « congé climatique » : un débat qui pose les bonnes questions

Le congé climatique est une proposition visant à permettre aux salariés exposés à des conditions de chaleur extrême de suspendre temporairement leur activité. Si la mesure fait débat sur le plan politique et économique, elle a le mérite de poser une question de fond : comment concilier performance, sécurité des salariés et continuité d'activité dans un contexte climatique de plus en plus contraignant ?

Pour les entreprises, le sujet ne se résume pas à « accorder ou non un jour de congé ». Il interroge la capacité des organisations à fonctionner quand les conditions extérieures deviennent hostiles. C'est précisément ce que la culture du risque permet d'anticiper : identifier les vulnérabilités avant qu'elles ne se transforment en crise.

Ce que les canicules révèlent dans les organisations

« On en parle beaucoup aux autres, mais jamais pour nous-mêmes »

La plupart des organisations ont intégré les conséquences de la chaleur pour leurs usagers, clients ou populations vulnérables. En revanche, peu ont réfléchi à leurs propres conditions de fonctionnement. Comme l'a résumé un participant lors d'un atelier Twist :

« Au final, on en parle beaucoup aux autres des défis de la canicule, mais on n'en a jamais parlé pour nous-mêmes en interne. »

Ce constat est fréquent. Les mesures existent parfois de manière informelle (télétravail, horaires décalés, messages de prévention), mais elles restent rarement structurées dans une véritable stratégie de continuité d'activité.

Des impacts concrets sur l'activité

Les retours d'expérience recueillis lors des serious games canicule animés par Twist montrent que les impacts dépassent largement les questions de confort. Les participants évoquent l'annulation de rendez-vous et d'événements, la baisse de concentration et de productivité, les difficultés de déplacement, les absences liées à la garde d'enfants en cas de fermeture d'écoles, et les tensions entre impératifs économiques et protection des équipes.

Une PME résumait ainsi la situation : « Cela suscite déjà de l'angoisse. Cela a aussi des conséquences économiques. Si cela s'aggrave, il faudra se poser la question de ce que cela signifie pour notre structure. »

Des réponses souvent improvisées

Télétravail renforcé, fermeture des accueils physiques, décalage des horaires, achats d'urgence, communication sur les bons réflexes : les organisations disposent de leviers d'action. Mais beaucoup reconnaissent agir dans l'urgence.

« En général, on réagit au dernier moment. Il faut qu'on anticipe mieux. »

« Finalement, on est assez démunis. On doit faire face à l'incertitude de la suite. »

Cette impréparation génère de l'anxiété, complique la prise de décision et peut accentuer les tensions sociales, notamment autour des questions d'équité entre collaborateurs. C'est précisément le type de situation où un dirigeant se retrouve à arbitrer « à chaud », sans données précises ni protocole établi.

Anticiper la canicule comme une crise : décider « la tête froide »

L'héritage du Covid : une culture du risque en construction

La crise sanitaire a laissé un héritage précieux. De nombreux participants aux ateliers Twist soulignent que les réflexes acquis pendant le Covid facilitent aujourd'hui l'adaptation : télétravail, gestion des priorités, communication interne, coordination à distance.

« On a des réflexes du Covid. Cela a créé un précédent. On a malgré nous développé une culture du risque. »

Concrètement, ces compétences constituent une base sur laquelle construire une réponse structurée au risque canicule, au lieu de repartir de zéro chaque été.

Préparer pour ne pas subir

L'enjeu central est de préparer les décisions en amont, « la tête froide », plutôt que de devoir arbitrer dans l'urgence sans données précises. Cela passe par la cartographie des activités essentielles à maintenir, la définition de seuils de déclenchement (à partir de quand active-t-on le mode dégradé ?), la rédaction de procédures claires et partagées, et la formation des équipes à travers des exercices de simulation.

Comme l'a dit un participant à l'issue d'un atelier : « Dès lors qu'on a des protocoles écrits, cela permet de se raccrocher à des solutions. »

C'est le même principe que pour les autres risques : un plan non exercé reste un document, pas un dispositif. Et la répétition des épisodes caniculaires transforme ce qui était perçu comme un aléa ponctuel en risque structurel lié au changement climatique.

« Nos façons de travailler doivent changer »

C'est sans doute le constat le plus marquant qui ressort des ateliers. Derrière cette phrase se dessine une transformation durable : adaptation de la charge de travail, horaires plus flexibles, identification d'espaces refuges, cartographie des ressources locales, coopération entre organisations. La question n'est pas seulement de créer ou non un « congé climatique ». Elle consiste à repenser les conditions de travail dans un contexte où les aléas climatiques deviennent structurels.

Comment Twist accompagne les organisations face au risque canicule

Twist accompagne les collectivités, les entreprises et les établissements publics dans l'intégration du risque climatique dans leur gestion de crise. Sur le volet canicule, cet accompagnement prend plusieurs formes : identification des vulnérabilités organisationnelles, définition des activités essentielles à préserver, élaboration de plans de continuité adaptés, renforcement de la culture du risque auprès des équipes, et préparation par des exercices immersifs sur des scénarios de canicule réalistes.

Parce qu'anticiper, ce n'est pas seulement protéger son activité. C'est aussi protéger les femmes et les hommes qui la font vivre.

Préparer votre organisation au risque canicule ?

Twist conçoit et anime des exercices de crise et des ateliers culture du risque intégrant des scénarios de canicule. Entreprises, collectivités, établissements de santé : anticipons ensemble avant le prochain épisode.

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Charlotte Zuckmeyer, directrice conseil Twist
Rédigé par

Charlotte Zuckmeyer

Directrice conseil et stratégie, organisation et concertation

Plus de 15 ans à accompagner organisations et territoires dans leurs projets de transformation, en associant culture du risque partagée et gestion collective de la crise.

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Questions fréquentes

Existe-t-il un seuil légal de température au-delà duquel les salariés peuvent arrêter de travailler ?

Non. Le Code du travail français ne fixe aucun seuil légal de température déclenchant un arrêt de travail. En revanche, l'INRS (Institut national de recherche et de sécurité) recommande des seuils de vigilance : environ 30 °C pour un travail sédentaire, 28 °C pour un travail physique, et au-delà de 33 °C le travail présente des dangers sérieux pour la santé. Ces recommandations ne sont pas contraignantes juridiquement, mais elles servent de référence pour évaluer le risque et adapter les conditions de travail.

Un salarié peut-il exercer son droit de retrait en cas de canicule ?

Oui, sous conditions. Un salarié peut invoquer son droit de retrait s'il a un motif raisonnable de penser qu'il existe un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé (articles L.4131-1 et L.4131-3 du Code du travail). Il ne peut pas « décider seul » de ne plus travailler parce qu'il fait chaud. Le droit de retrait s'apprécie au cas par cas, en fonction du poste occupé, des conditions réelles de travail et des mesures de prévention mises en place par l'employeur. C'est l'évaluation du risque concret qui détermine la légitimité du retrait.

Quelles sont les obligations de l'employeur en cas de forte chaleur ?

L'employeur a une obligation générale de sécurité envers ses salariés (article L.4121-1 du Code du travail). Le décret de 2025 a renforcé les obligations de prévention en cas de forte chaleur : aménagement des horaires de travail, mise en place de pauses supplémentaires, accès à l'eau fraîche en quantité suffisante, protection renforcée des postes extérieurs, et organisation des modalités de secours en cas de malaise. Ces mesures doivent être tracées dans le Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) et dans le plan d'actions de prévention.

Qu'est-ce que le « congé climatique » ?

Le congé climatique est une proposition portée dans le débat public visant à permettre aux salariés les plus exposés de suspendre temporairement leur activité lors d'épisodes de chaleur extrême. Il n'est pas inscrit dans le droit du travail français à ce jour. Le débat oppose les partisans d'un nouveau droit social adapté au changement climatique et ceux qui considèrent que les outils juridiques existants (obligation de sécurité de l'employeur, droit de retrait, aménagement des horaires) suffisent à couvrir le risque.

Comment intégrer le risque canicule dans le DUERP ?

Le DUERP (Document Unique d'Évaluation des Risques Professionnels) doit intégrer le risque chaleur comme tout autre risque professionnel. Concrètement, cela implique d'identifier les postes et les situations de travail exposés (travail en extérieur, locaux mal climatisés, déplacements), d'évaluer le niveau de risque en fonction des conditions réelles, de définir des mesures de prévention (aménagement des horaires, pauses, accès à l'eau, équipements de protection), et de mettre à jour le document chaque année ou après chaque épisode significatif.

Quel est le lien entre canicule et plan de continuité d'activité ?

La canicule peut provoquer une désorganisation importante : absences de salariés, fermeture de locaux, annulation d'activités, surcharge de certains services. Ces impacts justifient l'intégration d'un scénario « canicule prolongée » dans le plan de continuité d'activité (PCA). Concrètement, il s'agit d'identifier les activités essentielles à maintenir, de définir des modes de fonctionnement dégradé, de prévoir des seuils de déclenchement et de tester ces procédures lors d'un exercice de crise avant le premier épisode de chaleur.

Pour aller plus loin

Twist met à disposition le fruit de ses réflexions et recherches sur la culture du risque, des ressources documentaires et propose aussi des événements.

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