PICS 2026 : où en sont les inter-communalités françaises ?

PICS 2026 by SCOPIC


Le 26 novembre 2026, les intercommunalités françaises doivent avoir adopté leur Plan Intercommunal de Sauvegarde. À sept mois de l’échéance fixée par la loi Matras, les 1 254 EPCI à fiscalité propre ne sont pas au même niveau de préparation. Les métropoles ont structuré leur dispositif, certaines communautés de communes rurales cherchent encore leur méthode. État des lieux d’une obligation qui redéfinit la sécurité civile française.



L’essentiel à retenir :

  • Obligation légale : tous les EPCI à fiscalité propre dont au moins une commune est soumise à PCS doivent adopter un PICS avant le 26 novembre 2026 (article L.731-4 du Code de la sécurité intérieure, loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021 dite loi Matras).
  • Périmètre élargi : environ 22 000 communes sont désormais concernées par l’obligation de PCS (contre 12 000 avant la réforme), ce qui tire mécaniquement près de 1 100 intercommunalités vers l’obligation PICS.
  • Trois fonctions clés : mobilisation des moyens de l’EPCI, mutualisation entre communes membres, continuité des compétences communautaires (eau, déchets, voirie, assainissement).
  • Exercice obligatoire : le décret n° 2022-1532 du 8 décembre 2022 impose un exercice PICS au moins tous les cinq ans. Un plan jamais testé n’a pas d’existence opérationnelle.
  • Dynamique hétérogène : métropoles et communautés urbaines en avance, communautés de communes rurales en retard d’ingénierie. L’accompagnement externe devient la variable clé du sprint final.


 

Plan Intercommunal de Sauvegarde : de quoi parle-t-on exactement ?

Le PICS est l’outil réglementaire qui organise la solidarité territoriale en cas de crise majeure à l’échelle d’un EPCI à fiscalité propre. Il ne remplace pas le Plan Communal de Sauvegarde (PCS) et ne se substitue pas au maire, qui reste le Directeur des Opérations de Secours sur sa commune. Son rôle est d’apporter un appui structuré quand les capacités d’une commune sont dépassées.

Le cadre est posé par l’article L.731-4 du Code de la sécurité intérieure, issu de la loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021 de consolidation du modèle de sécurité civile, dite loi Matras. L’obligation est automatique : dès qu’une seule commune membre d’un EPCI est soumise à l’obligation de PCS, l’ensemble de l’intercommunalité est tenue d’élaborer son PICS. Cette mécanique change totalement la logique de planification : un seul village à risque suffit à engager toute la communauté de communes.

La loi Matras a par ailleurs élargi les critères rendant le PCS obligatoire : communes couvertes par un Plan de Prévention des Risques Naturels (PPRN) ou Miniers (PPRM), communes dans un Territoire à Risque Important d’Inondation (TRI), zones de sismicité 3, 4 ou 5, communes exposées aux feux de forêt, périmètre d’un Plan Particulier d’Intervention (PPI), risques volcaniques ou cycloniques en outre-mer. Le nombre de communes concernées est passé d’environ 10 000 avant la réforme à près de 22 000 aujourd’hui.



Les trois fonctions qui structurent un PICS

Mobiliser les capacités propres de l’intercommunalité. L’EPCI met à disposition des communes ses agents (services techniques, environnement, communication, informatique), ses véhicules, ses groupes électrogènes, ses stocks d’eau, ses ateliers. Dans une agglomération moyenne, cette mobilisation peut représenter plusieurs dizaines d’équivalents temps plein et de matériel activables en quelques heures. C’est le premier levier de solidarité opérationnelle que la loi Matras a voulu institutionnaliser.

Organiser la mutualisation entre communes membres. Quand une commune est touchée et qu’une autre ne l’est pas, le PICS organise l’entraide concrète : mise à disposition de gymnases pour l’hébergement d’urgence, envoi d’agents municipaux en renfort, partage de matériel technique. C’est ici que se joue la solidarité entre communes d’un même bassin de vie, bien au-delà des frontières administratives.

Garantir la continuité des compétences communautaires. L’EPCI est responsable de compétences vitales : eau potable, assainissement, collecte des déchets, voirie, transports, parfois santé ou petite enfance. Le PICS doit garantir que ces services continuent de fonctionner pendant la crise ou soient rétablis en priorité absolue. Un PICS qui n’intègre pas cette dimension de continuité d’activité est structurellement incomplet face aux crises de longue durée.

Les chiffres officiels issus du bilan statistique 2025 de la DGCL confirment l’ampleur du chantier : 1 254 EPCI à fiscalité propre en France (21 métropoles, 14 communautés urbaines, 230 communautés d’agglomération, 989 communautés de communes), dont environ 1 100 soumis à l’obligation PICS.



Comment structurer un PICS opérationnel en quatre étapes

Sur le terrain, les intercommunalités qui avancent vite suivent toutes, à peu de choses près, une méthodologie en quatre temps. Ce n’est pas une recette magique : c’est un enchaînement de phases qui permet de passer d’un document de conformité à un dispositif réellement utilisable le jour de la crise.

01

Cartographier risques et compétences

Recensement des aléas (naturels, technologiques, sanitaires, cyber) commune par commune, cartographie des enjeux sensibles (ERP, personnes vulnérables, infrastructures critiques) et inventaire des compétences exercées par l'EPCI. C'est la phase de diagnostic qui conditionne tout le reste du plan.

02

Recenser les moyens mobilisables

Inventaire précis des moyens humains (agents techniques, astreintes, élus référents), matériels (véhicules, groupes électrogènes, stocks) et immobiliers (gymnases, salles polyvalentes, bâtiments refuges). Croisement avec les conventions existantes (SDIS, associations agréées, entreprises partenaires).

03

Rédiger les procédures et dimensionner le PCI

Conception du Poste de Coordination Intercommunal, rédaction des fiches réflexe par type d'aléa, chaîne d'alerte et circuits de décision, protocoles de mutualisation avec les communes, procédures de continuité des compétences communautaires. Validation politique en conseil communautaire.

04

Tester par l'exercice et faire vivre le plan

Exercice de cadrage dans les 12 mois après adoption, RETEX structuré, plan d'actions correctif, puis cycle régulier d'exercices au moins tous les cinq ans (décret 2022-1532). Sans cette étape, le PICS reste un document de conformité sans réalité opérationnelle.


Un PICS réussi ne se mesure pas à l’épaisseur du classeur

La vraie mesure, c’est la capacité des élus et des cadres à retrouver les bons réflexes un dimanche à 3 heures du matin. C’est pour cela que l’exercice et la culture du risque ne sont pas optionnels : ce sont les seuls vrais tests du dispositif. Un PICS rédigé mais jamais joué reste une hypothèse. Un PICS exercé devient une compétence collective.


Former les élus et les agents : le maillon humain du dispositif

Un PICS n’est pas un livrable juridique, c’est une compétence collective. Tant que les acteurs qui devront l’activer n’ont pas été formés, le plan reste une abstraction. Trois publics doivent impérativement monter en compétence avant l’échéance de novembre 2026.

Les élus communautaires et les maires ont besoin d’un cycle court sur les fondamentaux : cadre juridique, répartition des rôles entre EPCI et communes, articulation avec le dispositif ORSEC, pouvoirs de police du maire en situation de crise. L’objectif n’est pas d’en faire des experts techniques, mais de leur donner les réflexes de décision et la lecture des situations. Deux demi-journées bien calibrées suffisent souvent à transformer un conseil communautaire en instance capable de délibérer utilement sur la sécurité civile.

Les directeurs généraux, chargés de mission et référents opérationnels ont besoin d’une formation plus approfondie : méthodologie de gestion de crise, animation d’une cellule intercommunale, main courante, communication sous contrainte. C’est ce public qui fera tenir le dispositif le jour J. Investir ici, c’est garantir que l’expertise ne repose pas sur une seule personne.

Les Correspondants Incendie et Secours, souvent désignés sans préparation, ont besoin d’un socle pratique : cartographie locale des vulnérabilités, chaîne d’alerte, premiers gestes, communication de proximité avec les habitants. Les SDIS organisent une partie de cette formation, mais un accompagnement complémentaire de l’EPCI reste souvent nécessaire pour les communes rurales sans ressource interne.

Sans ce travail de formation, le PICS reste un document de conformité. Avec lui, il devient un réflexe partagé.



Trois cas concrets du déploiement PICS en France

L’état des lieux se comprend mieux à travers ceux qui ont avancé. Les métropoles pionnières ont documenté des modèles dont les communautés de communes peuvent s’inspirer, à condition de les adapter à leur échelle.

Nantes Métropole, une gouvernance partagée. La métropole nantaise a structuré son dispositif autour d’un Groupe de Travail Sécurité Civile et Gestion des Crises qui réunit régulièrement les référents risques des 24 communes membres, le SDIS 44 et les pôles de proximité. Cette gouvernance partagée harmonise les procédures d’alerte et sécurise le pilotage des compétences critiques comme l’eau potable. La métropole prévoit également un catalogue de formations et d’exercices pour faire vivre le plan dans la durée.

Métropole de Lyon, résilience climatique et risque industriel. Le PICS lyonnais, révisé en 2025, met l’accent sur les vagues de chaleur et les accidents industriels du couloir de la chimie. La métropole a fait le choix de la transparence en publiant une version publique de son plan, pour renforcer la culture du risque chez les citoyens et ancrer le dispositif dans la conscience collective.

Loiret, l’effet de levier du mécanisme légal. Dans ce département, 152 communes sur 325 sont soumises à l’obligation de PCS. Conséquence mécanique : 15 EPCI sur 16 doivent rédiger un PICS. Le Loiret illustre à quel point la loi Matras transforme la cartographie des obligations à l’échelle départementale, et pourquoi les préfectures multiplient les guides méthodologiques pour accompagner les intercommunalités vers l’échéance de novembre 2026.



Les cinq erreurs qui bloquent encore les intercommunalités en 2026

Confondre PICS et addition de PCS. Un PICS n’est pas la somme des plans communaux existants agrafés ensemble. C’est une architecture de soutien avec sa propre logique, son propre poste de coordination intercommunal et son propre inventaire de moyens. Cette confusion initiale produit des documents qui doublonnent les PCS sans jamais créer la valeur ajoutée intercommunale attendue.

Négliger la continuité des compétences communautaires. Beaucoup de PICS traités comme de simples documents de sécurité civile oublient le volet continuité d’activité (eau, assainissement, déchets, voirie). Or c’est souvent là que se joue la résilience réelle du territoire sur les crises de longue durée. Un habitant sans eau pendant 48 heures subit la crise bien plus durement qu’une rue inondée qui se résorbe en 12 heures.

Produire un plan de papier jamais testé. Le décret n° 2022-1532 du 8 décembre 2022 impose un exercice au moins tous les cinq ans. Un PICS rédigé mais jamais exercé n’a pas d’existence opérationnelle. Les élus et les cadres n’en connaissent pas les procédures, les circuits de décision n’ont jamais été éprouvés, les interlocuteurs ne se connaissent pas.

Oublier le Correspondant Incendie et Secours. Depuis la loi Matras, chaque commune qui n’a pas d’adjoint chargé de la sécurité doit désigner un CorrIS. C’est le relais communal du dispositif intercommunal. Sans ce maillon, le PICS est aveugle sur le terrain et la chaîne d’information entre maire et EPCI se rompt au premier incident.

Reporter l’exercice à « plus tard ». « On rédigera d’abord, on testera ensuite » : cette logique échoue systématiquement. L’exercice est précisément le moment où le plan se corrige, où les acteurs apprennent à se parler et où les procédures deviennent utilisables. Reporter l’exercice, c’est garder un plan théorique, conforme sur le papier mais inopérant en conditions réelles.



Faire vivre le plan après l’adoption : le vrai défi de 2027

Adopter le PICS avant le 26 novembre 2026 n’est qu’une première marche. Le vrai défi commence le lendemain : maintenir le plan en condition opérationnelle, l’actualiser et l’ancrer dans les pratiques de l’intercommunalité. Trois chantiers structurent cette phase de vie du dispositif.

Le cycle d’exercices est le premier pilier. Le décret du 8 décembre 2022 impose un exercice au moins tous les cinq ans, mais les intercommunalités matures planifient un rythme plus soutenu (tous les deux ou trois ans) en variant les scénarios : inondation l’année un, cyberattaque sur l’eau potable l’année trois, rupture d’approvisionnement l’année cinq. Chaque exercice produit un RETEX structuré qui alimente la version suivante du plan. C’est ce cycle vertueux qui transforme le PICS en véritable compétence territoriale.

La mise à jour documentaire est le deuxième pilier. Les annuaires de crise se périment en quelques mois (élections, mutations, changements de numéros), les conventions avec les partenaires évoluent, les risques se transforment avec l’artificialisation des sols et le changement climatique. Un PICS figé devient inutilisable au bout de deux ans. La bonne pratique consiste à réviser l’annuaire tous les six mois, à refondre les fiches réflexe tous les deux ans, et à conduire une revue majeure tous les cinq ans en lien avec l’exercice obligatoire.

L’ancrage culturel est le troisième pilier, et le plus exigeant. Il s’agit de maintenir l’attention sur la sécurité civile entre deux crises et entre deux exercices. Cela passe par des points d’étape réguliers en bureau communautaire, des formations courtes pour les nouveaux élus et agents, l’intégration des problématiques risques dans les documents d’urbanisme (PLUi, SCOT), et une communication préventive récurrente vers les habitants. C’est le travail le moins visible du dispositif, mais c’est celui qui fait la différence entre un plan de papier et une vraie résilience territoriale.

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Qui est concerné par l’obligation PICS ?

L’obligation engage l’ensemble de la gouvernance intercommunale. Concrètement, plusieurs profils doivent porter le dispositif ensemble : les présidents et vice-présidents d’EPCI, porteurs politiques du plan ; les directeurs généraux et chargés de mission sécurité civile, qui pilotent l’élaboration et coordonnent les services internes ; les maires et les Correspondants Incendie et Secours, interlocuteurs opérationnels sur chaque commune ; les élus référents risques, relais locaux de la culture du risque dans les conseils municipaux. Pour les intercommunalités qui n’ont pas encore engagé leur démarche ou qui peinent à la finaliser, l’enjeu est double : respecter l’échéance réglementaire du 26 novembre 2026 et, surtout, se doter d’un plan qui serve réellement en cas de crise. C’est cette seconde dimension qui fait la différence entre une conformité formelle et une véritable résilience territoriale.

Questions fréquentes : PICS 2026

Quelle est la date limite pour adopter un PICS ?

L'échéance est fixée au 26 novembre 2026, cinq ans après la promulgation de la loi n° 2021-1520 du 25 novembre 2021 dite loi Matras. Tous les EPCI à fiscalité propre dont au moins une commune membre est soumise à l'obligation de Plan Communal de Sauvegarde doivent avoir adopté leur PICS à cette date.

Quelles intercommunalités sont concernées par l'obligation PICS ?

Environ 1 100 EPCI à fiscalité propre sur les 1 254 recensés au 1er janvier 2025 sont concernés par l'obligation PICS. Dès qu'une seule commune membre est soumise à l'obligation de PCS (PPRN, PPRM, TRI, sismicité 3 à 5, feux de forêt, PPI, cyclone, volcan), l'ensemble de l'intercommunalité doit rédiger un PICS.

Le PICS remplace-t-il le Plan Communal de Sauvegarde ?

Non. Le PICS vient en complément du PCS, il ne s'y substitue pas. Le maire reste le Directeur des Opérations de Secours sur sa commune. Le PICS organise la solidarité intercommunale et la mutualisation des moyens quand les capacités communales sont dépassées. Chaque commune soumise à l'obligation conserve la responsabilité de tenir à jour son PCS.

À quelle fréquence faut-il organiser un exercice PICS ?

Le décret n° 2022-1532 du 8 décembre 2022 impose un exercice au moins tous les cinq ans. Une crise réelle ayant nécessité l'activation du plan peut remplacer l'exercice sur la période concernée. Dans la pratique, les intercommunalités matures planifient un exercice plus fréquemment (tous les 2 à 3 ans) et varient les scénarios pour tester l'ensemble du dispositif.

Qui pilote l'élaboration du PICS dans l'EPCI ?

Le président de l'EPCI porte politiquement le dispositif. Le pilotage opérationnel est généralement confié au directeur général des services ou à un chargé de mission sécurité civile et gestion des crises, en lien avec les maires, les Correspondants Incendie et Secours, le SDIS et les services préfectoraux. Les communautés de communes sans ressource dédiée s'appuient souvent sur un accompagnement externe.

Que risque une intercommunalité qui n'a pas son PICS au 26 novembre 2026 ?

La loi ne prévoit pas de sanction pénale directe pour non-adoption. En revanche, l'absence de PICS expose le président de l'EPCI et les maires à une mise en cause de leur responsabilité administrative en cas de crise mal gérée, ainsi qu'à un risque contentieux sur le terrain de la carence dans l'exercice des pouvoirs de police et de sauvegarde. Le véritable enjeu est opérationnel : sans PICS testé, la chaîne de solidarité intercommunale ne fonctionne pas le jour de la crise.

Pour aller plus loin

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